Préparations pour favoriser des expérimentations de revenu de base en France

« Et d'un seul coup, ça devenait quelque chose de faisable ! »

2 mai 2018 | Interview de Madlen Seidel

En 2019 déjà, il pourrait y avoir une expérimentation de revenu de base importante en France. Nous avons parlé avec Denise Greslard-Nédélec pour savoir pourquoi il faut une loi et ce qu'il y a à faire.


En France, nous voyons, en ce moment, une volonté d’expérimentation concernant l’idée du revenu de base. Pouvez-vous expliquer ce qui est en train de se passer ?

Denise Greslard-Nédélec : Nous nous sommes rendus compte qu’il faut un nouveau modèle de solidarité en France puisque le RSA, le revenu de solidarité active, est au bout de son potentiel. Il a été introduit pour permettre aux personnes privées d’emploi d’avoir un minimum de ressources et d’être accompagnées dans leur parcours de retour vers l’emploi. Or, en réalité, il ne permet pas aux gens de sortir de la pauvreté. Il est, tout au contraire, insuffisant pour vivre et en plus ressenti comme stigmatisant. Par ailleurs, les démarches nécessaires pour faire la demande sont très compliquées et dissuadent souvent ceux qui auraient droit à cette prestation. Donc, il faut qu’on invente quelque chose d’autre.

En France, ce sont les départements qui sont en charge des prestations, des minimas sociaux et de l’accompagnement des publics en grande précarité. En Gironde, où je suis chargée des politiques de l’insertion, nous avons commencé à rechercher d’autres modèles et finalement, nous nous sommes saisis de la question du revenu de base. L’idée de remplacer certaines prestations sociales actuelles par un revenu de base n’est pas nouvelle, mais est largement partagée en France comme ailleurs. En travaillant sur cette idée, nous nous sommes dit que nous pourrions être une sorte de fer de lance de cette innovation sociale et initier une expérimentation pour la tester. Et d’un seul coup, ce n’était plus qu’une théorie lointaine, mais ça devenait quelque chose de potentiellement faisable. D’autres départements se sont intéressés à notre travail et nous ont rejoint pour participer à la réflexion, et aussi à l'expérimentation potentielle. Actuellement, nous sommes 13 départements qui travaillons à ce projet. Nous avons lancé une enquête en ligne en novembre dernier pour voir ce que les citoyens en pensent et ce qu’ils proposent comme modèles. Pour nous, il importe qu’ils s’en emparent et qu’ils y ajoutent leurs idées. Car ce projet est à nous tous.

Quels sont vos prochains pas ?

Denise Greslard-Nédélec : Nous souhaiterions commencer l’expérimentation d’un des modèles en janvier 2019. Or, du point de vue juridique, il faut d’abord une loi spécifique. Donc, actuellement, nous construisons une proposition de loi d’expérimentation qui sera finalisée pour l’été. Cela doit s'accompagner d'un fond d'expérimentation qui serait pour partie abondé par le financement actuel du RSA. Ensuite, nous attendrons à l’automne pour savoir si le gouvernement est d’accord pour proposer cette loi au vote du parlement. Donc, la balle sera dans le camp des décideurs.

Quand verrons-nous en France l’instauration d’un revenu de base ?

Denise Greslard-Nédélec : On voit déjà que l’idée gagne du terrain. Le gouvernement et tous les départements regardent ça très attentivement. Cet automne, il importe que le parlement donne le coup de départ pour commencer l’expérimentation. Ce serait un jalon important pour la France et un signe fort pour l’Europe. Ensuite, tout dépendra des résultats de l’expérimentation. S’ils s’avèrent aussi prometteurs que nous l’espérons, tout ce qu’il faut pour implémenter le revenu de base à une échelle plus large est un gouvernement assez courageux pour faire les démarches nécessaires.

Merci beaucoup, Denise, et à bientôt avec plus de nouvelles !

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mis à jour le 03 juin 2018 à 20h13